Infidèlement vôtre

Par Posté dans - Ciné le 04 août 2016 12 Commentaires

Bonjour les mouettes,
Si je mets de côté les bilans de début d'année, mon dernier article ciné remonte à plus d'un an...

Shame. Shame. Shame.
Pour me faire pardonner, je vous parle aujourd'hui d'Infidèlement vôtre.
Un film au rythme d'enfer, emmené par un Rex Harrison électrique.
Installez-vous confortablement, la séance va commencer...

Linda Darnell, Rex Harrison

Infidèlement vôtre (Unfaithfully Yours) est un film réalisé par Preston Sturges, sorti en 1948, avec dans les rôles principaux Rex Harrison et Linda Darnell. (Y'a aussi Lionel Stander alias Max de L'amour du risque si jamais y'a des fans...Désolée pour la référence).

Que cela soit clair, cet article est une déclaration d'amour à Rex Harrison.

Rex Harrison, l'élégance so british!, c'est (entre autres) Guêpier pour trois abeilles, Qu'est-ce que Maman comprend à l'amour?, My fair Lady, Cléopâtre, L'aventure de Madame Muir...
A chaque fois c'est la même histoire: Rex Harrison apparaît à l'écran et boum la magie opère.
Sa voix m'envoûte, sa prestance me laisse baba...Je trouve qu'il a un charisme fou. Peu d'acteurs me font cet effet. (ouh la menteuse!). Ce n'est pas pour rien que son petit surnom était Sexy Rexy.
Les choses étant dites, let's proceed.

Infidèlement vôtre 6Pour la petite histoire, sachez que Preston Sturges est le premier scénariste hollywoodien à être devenu réalisateur, ce qui est alors une véritable mini-révolution. Il a ainsi notamment ouvert la voie à un certain Billy Wilder...

Venons-en aux faits.
Avant de partir en tournée, sir Alfred De Carter, chef d'orchestre réputé, demande à son beau frère de veiller sur sa très jolie et jeune épouse, Daphné. Ce dernier prend son rôle un peu trop au sérieux et fait suivre la jeune femme par un détective privé. A son retour à New-York, lorsqu'il apprend que sa femme a été filée alors qu'il lui accorde toute sa confiance, Sir Alfred entre dans une colère noire. Cette scène jubilatoire vaut son pesant de cacahuètes.
Infidèlement vôtreIl ne souhaite d'ailleurs pas prendre connaissance du rapport que lui présente son beau-frère.  Il décide de s'en débarrasser en le brûlant dans sa poubelle de bureau. Et là, le spectateur assiste de nouveau à une scène incroyable, loufoque au possible et totalement burlesque, désopilante au point de devoir se tenir les côtes.
Très vite cependant, le doute finit par s'installer. Sir Arthur rend visite au détective et celui-ci lui apprend l'existence d'indices accablants venant remettre en question la fidélité de sa femme qui aurait une liaison avec son secrétaire.
Et si c'était vrai finalement? Daphné est beaucoup plus jeune que lui, tout comme l'est Tony, son secrétaire dévoué...
Sir Alfred se révèle alors extrêmement jaloux et suspicieux et commence à cogiter sévère.
Et ce n'est pas le bon moment pour cela car  il s'apprête à diriger l'un des concerts les plus importants de sa carrière.

Kurt Kreuger, Linda Darnell, Rex HarrisonLe soir venu, alors qu'il est en pleine représentation, il donne libre cours à ses fantasmes de vengeance et échafaude trois façons différentes de mettre un terme à cette horrible situation qui le fait énormément souffrir. Après un gros plan sur l’œil de Sir Arthur, le spectateur entre dans la tête de ce dernier et assiste à ses délires imaginaire de jaloux maladif, alors que les autres spectateurs, ceux du film, assistent quant à eux et en parallèle au concert dirigé par ce dernier.
Chacun de ces trois scénarios élaborés alors qu'il est sur scène est lié à une œuvre/un compositeur: Rossini, Wagner puis Tchaïkovski. Ces œuvres vont chacune créer un état d’esprit particulier chez le chef d'orchestre, influencer son imagination et façonner le rythme et la tonalité de ces trois séquences. Légère, triste ou enlevée, la musique fait partie intégrante du développement du récit et sert à sa façon l'intrigue.

Ce dispositif est particulièrement intéressant et intelligent et donne toute sa force et son originalité au film.
Infidèlement vôtre 7Lorsque la dernière séquence prend fin, le concert se termine devant une salle en délire. Sir Alfred n'y prête aucune attention, l'esprit complètement torturé et entièrement obnubilé par la trahison. Il rentre précipitamment chez lui et décide d’appliquer dans la réalité un des scénarios inventés par son cerveau malade de jaloux excessif.

En dire plus serait gâcher tout votre plaisir.

 

Linda Darnell, Rex Harrison

A sa sortie ce film n'a malheureusement pas eu le succès qu'il méritait et n'a alors pas trouvé son public.
Il faut avouer que les trois séquences ne sont pas égales. La première, beaucoup plus longue, est tout simplement jubilatoire et se déroule à un rythme effréné sous nos yeux ébahis et amusés. Les deux autres beaucoup plus courtes ne sont pas dénuées de cynisme et d'humour corrosif, leur rythme est cependant plus lent.
La dernière partie du film où Sir Alfred se retrouve chez lui souffre d'une petite longueur mais cela reste un très bel exercice de style, oscillant entre scène de cinéma muet et cartoon.

Linda Darnell, Rex Harrison

Tout au long du film Rex Harrison, telle une mini tornade, déploie une énergie incroyable, contagieuse et réjouissante. Chacune de ses tirades transpire l'emphase shakespearienne.
Linda Darnell n'est pas en reste et campe parfaitement le rôle de la jeune épouse complétement perdue par le changement d'attitude brutal et inexplicable de son époux adoré. Enfin, il serait également injuste de ne pas mentionner les excellents seconds rôles: le détective privé, le beau-frère et sa femme Barbara aux tirades implacables "You see, some men just naturally make you think of Brut champagne. With others you think of prune juice".

Un petit bijou.
Un film que je recommande fortement, disponible en DVD et dans toutes les bonnes médiathèques.

Le mot de la fin revient à Sir Arthur: "A thousand poets dreamed a thousand years, and you were born, my love. "

A bientôt!

(12) commentaires

  • grame - Répondre

    04 août 2016 at 07:56

    Eh bien, avec une telle critique, et en me prenant ainsi par les sentiments (musicaux), je vais voir si chez moi c’est une « bonne « médiathèque!

    • allmadehere - Répondre

      05 août 2016 at 08:12

      J’ai revu ce film récemment avec un tel plaisir que je me devais de le partager avec vous. Je regrette d’avoir délaissé ma rubrique cinéma aussi longtemps et je suis heureuse de l’avoir réveillée avec ce film. J’espère qu’il plaira au plus grand nombre même si j’ai conscience que le côté « vieux film » peut en rebuter plus d’un. Avec un peu de chance, ce sera peut être une porte d’entrée pour certains, le principal pour moi étant de partager mes coups de cœur et de piquer les curiosités. Merci pour ton petit mot et bon film!

  • Rose Prune - Répondre

    04 août 2016 at 09:05

    Je suis au fan de films classiques donc ce film m’intéresse bien.
    J’aime bien Rex Harrisson, je connais moins Linda Darnell.
    Bisous à toi!

    • allmadehere - Répondre

      05 août 2016 at 08:18

      Tu es la cliente idéale alors! J’espère que tu reviendras me donner ton avis si jamais tu le visionnes.
      Pour ce qui concerne Linda Darnell je te conseille Chaines conjugales de Joseph L. Mankiewicz. Bonne journée!

  • coralinelambert - Répondre

    04 août 2016 at 09:30

    J’aime beaucoup Linda Darnell, et je n’ai jamais pu voir ce film! Tous à la médiathèque… ou à la cinémathèque

    • allmadehere - Répondre

      05 août 2016 at 08:24

      Hihihi…Si jamais je peux susciter la curiosité d’ une ou deux personnes, je serai fin heureuse. Je n’ai vu Linda Darnell que dans deux films mais je trouve qu’elle a une présence incroyable et je suis bien décidée à creuser sa filmographie. A bientôt!

  • pas@pasdechat - Répondre

    04 août 2016 at 12:06

    C’est un retour en beauté ! Ce film t’a trouvé, et il ne pouvait pas mieux tomber. Tu me donnes envie de voir ce film alors que le noir et blanc, ce n’est pas ma tasse de thé, mais cet « inconvénient » devient secondaire à la lecture de ton billet. Va falloir que je prenne une inscription à la médiathèque ! 😉

    • allmadehere - Répondre

      05 août 2016 at 08:33

      Je pense qu’il faut une porte d’entrée vers les films de cette époque. Pour moi cela s’est fait progressivement avec Alfred Hitchcock qui m’a fait découvrir James Stewart puis Cary Grant et boum c’était parti pour un aller sans retour. Et puis il faut dire que j’ai un grand cinéphile à la maison, cela aide beaucoup. J’ai conscience que les films en noir et blanc peuvent dérouter de prime abord. L’humour notamment est très particulier. Mais une fois tombé dedans c’est comme la potion magique et Obélix, cela ne nous quitte plus. Merci pour ta fidélité, les articles ciné sont un peu comme ce film à sa sortie et peinent à trouver leurs lecteurs…^^ Belle journée!

  • Un Trésor dans mon placard - Répondre

    04 août 2016 at 19:22

    Euh tu as été critique cinématographique dans une autre vie ? Tu m’as convaincu moi la néophyte. J’admire ton niveau de culture dans ce domaine.
    Des bisous

    • allmadehere - Répondre

      05 août 2016 at 08:50

      Ce n’est pas forcément très flagrant ici mais le cinéma, en particulier le cinéma hollywoodien de cette période, est une de mes grandes passions. Merci pour ce « commentaire-rayon-de-soleil » !

  • aurélie - Répondre

    05 août 2016 at 07:17

    Quelle plume mademoiselle rose!
    Tu donnes vraiment envie de voir ce film.
    Gros bisous

    • allmadehere - Répondre

      05 août 2016 at 09:20

      Mission accomplie! C’est chouette, tu me fais là un bien grand plaisir. Bises!

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